Vers une définition et une typologie des quartiers périurbains wallons

Définition et typologie des quartiers périurbains wallons :

  • Une définition du territoire périurbain est proposée sur base de 3 critères : faible densité, discontinuité spatiale et monofonctionnalité
  • Cette définition est adaptée aux études de type « morphologique »
  • Sur cette base, une typologie des quartiers périurbains wallons est définie. Quatre types de quartiers périurbains principaux sont identifiés.: Les types «ruban», «semi-mitoyen», «nappe» et «mixte».
  • Deux exemples d’applications relatifs aux consommations d’énergie sont proposés

Résumé

Le projet de recherches SAFE traite de l’évaluation énergétique des quartiers périurbains. L’objet de cette fiche est, dans ce cadre, de proposer une définition du territoire périurbain wallon adaptée à des études de type morphologique (étude des consommations énergétiques des bâtiments et quartiers, études d’ensoleillement, etc.). Cette définition se développe sur base de trois critères : la faible densité, la discontinuité spatiale avec les espaces centraux historiques et la monofonctionalité (quartiers résidentiels). Une typologie des quartiers périurbains wallons est ensuite proposée et permet d’identifier quatre types principaux de quartiers périurbains wallons. La typologie est enfin confrontée à nos outils d’analyse (outils d’analyse des consommations d’énergie relative au transport et au chauffage des bâtiments) pour tester son applicabilité.


Quatre types de quartiers périurbains ont été identifiés
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Vers une définition du territoire périurbain

Les définitions existantes du territoire périurbain sont essentiellement basées sur des critères socio-économiques et sur les limites communales. Elles cachent des réalités diverses et sont peu adaptées à des études traitant de la forme urbaine et de la morphologie du bâti. Une définition du territoire périurbain wallon adaptée à des études de type morphologique (étude des consommations énergétiques des bâtiments et quartiers, études d’ensoleillement, etc.) est proposée. Cette définition se développe sur base de trois critères : la densité, la discontinuité spatiale et la monofonctionalité (quartiers résidentiels). Sur base de cette définition, une typologie des quartiers périurbains wallons est ensuite proposée. Quatre types principaux de quartiers périurbains sont identifiés : le type « ruban », le type « semi-mitoyen », le type « nappe » et le type « mixte ». Ces développements sont finalement confrontés aux outils d’évaluation développés dans le cadre du projet SAFE pour démontrer leur applicabilité.

Les définitions existantes

Basées sur des données quantitatives et qualitatives, la classification des aires urbaines développées par Van der Haegen et al. (1996) (actualisation de la première définition de Van der Haegen et Pattyn, (1979)) classe les 589 communes belges (dont 262 communes wallonnes) en quatre catégories sur base notamment des facilités et services offerts et des habitudes de déplacements des habitants pour le travail, le commerce, etc. (figure 1):

  • Les agglomérations morphologiques regroupent les ensembles de bâti continus (moins de 250 mètres entre constructions) composés des villes centrales (noyau urbain et quartiers urbains à construction très dense) et la couronne urbaine. Elles sont au nombre de sept en Région wallonne (1.383 secteurs statistiques, 536,1 km², 3,17% du territoire wallon). Les agglomérations opérationnelles sont définies de la même façon mais leurs limites sont adaptées aux frontières communales (2.260 secteurs statistiques, 1.478 km², 8,75% du territoire wallon).
  • Les banlieues sont des zones de développement et de prospérité relative ayant de solides liens bilatéraux avec le centre-ville (1.762 secteurs statistiques, 2.374,1 km², 14,05% du territoire)
  • Les zones résidentielles des migrants alternants sont des zones dans lesquelles au moins 15% de la population active migre quotidiennement vers l’agglomération (1.959 secteurs statistiques, 3.421,54 km², 20,24% du territoire) ;
  • Les autres communes ne sont pas classées. Elles recouvrent une série de réalités différentes (zone rurale, périurbaine, pôle secondaire, etc.).


Figure 1 : Régions urbaines en Wallonie


Si ces définitions, et d’autres qui en sont dérivées, sont souvent utilisées dans les études statistiques ou autres traitant de la Région wallonne ou de la Belgique, elles cachent toutefois des réalités diverses, notamment en ce qui concernent le bâtiment et la forme urbaine. En effet, les limites communales englobent souvent des quartiers de types très divers, comme illustré pour les communes de Liège et Houffalize sur les figures 2 et 3.


Figure 2 : Différences morphologiques entre un quartier périphérique (Rocourt) et un quartier central (Saint-Léonard) de la commune de Liège © bing.maps.com


Figure 3 : Différences morphologiques entre le noyau central d’Houffalize et un développement plus récent, en ruban, situé dans la même commune © bing.maps.com

Les noyaux d’habitat définis par l’INS (figure 4) sont des unités morphologiques découlant de la réunion d’un ou plusieurs secteurs statistiques, indépendamment des limites communales. Il s’agit de zones bâties continues. Les zones regroupant 200 personnes et plus sont dites “zones d’habitations agglomérées” sinon elles sont appelées “zones d’habitations dispersées” (www.sder.wallonie.be). Cette classification rencontre de façon plus adéquate notre objectif car elle se base sur des critères de type « morphologique » et ne se limite pas aux frontières communales. Toutefois, les zones à caractère périurbain ou rural ne sont pas identifiées.


Figure 4 : Noyaux d’habitat (INS) © www.sder.wallonie.be


La définition : méthode et application

Une définition basée sur des critères « morphologiques » des quartiers périurbains semble donc plus adaptée à l’objet de notre recherche. Parmi la pléthore des définitions du périurbain qui existent dans la littérature internationale, trois caractéristiques reviennent régulièrement : (1) la faible densité, (2) la monofonctionnalité et (3) la discontinuité spatiale des quartiers périurbains.

Ces trois indicateurs ont ainsi été appliqués aux 9.730 secteurs statistiques qui composent la Région wallonne de façon à en extraire ceux qui seront qualifiés, selon notre définition, de « périurbains ». Si le secteur statistique reste une limite administrative, comme l’ancienne commune ou la commune, il a toutefois l’avantage d’être de superficie suffisamment restreinte que pour être considéré comme homogène. Pour rappel le secteur statistique est défini comme la plus petite unité territoriale pour laquelle des informations statistiques existent. Cette subdivision de la commune est établie sur base de similarités socio-économiques et architecturales (Brulard et Van der Haeghen, 1972).

Le premier indicateur appliqué au stock bâti wallon est la mono-fonctionnalité. Nous avons extrait de l’ensemble du stock bâti wallon les bâtiments résidentiels pour y appliquer le second critère : la densité. La densité nette de logements de chaque secteur statistique de la Région wallonne a été calculée. La répartition des secteurs par densité s’exprime sous forme d’une courbe gaussienne (figure 5) dont il faut élimer les zones denses des centres-villes et noyaux ruraux et les zones peu denses à caractère plutôt rural. Sur base de la gaussienne, nous posons l’hypothèse que notre zone d’étude s’étend entre les premier et troisième quartiles, ce qui signifie que les quartiers périurbains tels qu’ainsi définis présentent une densité comprise entre 5 à 12 logements par hectare (figure 6), les quartiers urbains sont ceux qui présentent une densité supérieure à 12 logements par hectare (figure 7) et les quartiers ruraux une densité inférieure à 5 logements par hectare (figure 8). Le critère « discontinuité spatiale » est intrinsèquement lié à celui de la densité, il ne fait pas l’objet d’un filtre supplémentaire.


Figure 5 : Répartition des secteurs statistiques selon la densité de logements (quartiles) © (Marique et al, 2012)

Figure 6 : Secteurs statistiques dont la densité est comprise entre 5 et 12 logements par hectare © (Marique et al, 2012)

Figure 7 : Secteurs statistiques dont la densité est supérieure à 12 logements par hectare © (Marique et al, 2012)

Figure 8 : Secteurs statistiques dont la densité est inférieure à 5 logements par hectare © (Marique et al, 2012)

Le nombre de logements présents dans chacun des secteurs statistiques considérés comme « périurbains » est cartographié, à l’échelle du secteur statistique, sur la figure 9, et à l’échelle de la commune, sur la figure 10, de façon à apporter une information supplémentaire aux cartes précédentes où seule la superficie des secteurs statistiques est représentée. Les logements dits « périurbains » se concentrent surtout dans le Brabant wallon alors que dans la Province du Luxembourg, les secteurs statistiques sont de grande superficie mais accueillent un nombre plus réduit de logements. Enfin, ces cartes mettent en évidence la présence dans certaines communes denses, comme Namur par exemple, (qui était intégralement intégrée dans les agglomérations de Van der Haegen et al. (1996)) d’un nombre important de secteurs dits « périurbains ».


Figure 9 : Nombre de logements présents dans des secteurs statistiques « périurbains » à l’échelle du secteur statistique © (Marique et al, 2012)

Figure 10 : Nombre de logements présents dans des secteurs statistiques « périurbains » à l’échelle de la commune © (Marique et al, 2012)

Vers une définition du territoire périurbain

La méthode et son application

Trois cents bâtiments ont été sélectionnés de façon aléatoire parmi l’ensemble des logements identifiés comme périurbains dans la définition présentée ci-dessus. Pour chacun des bâtiments de cet échantillon, différentes caractéristiques ont été identifiées et traitées :

  • Les caractéristiques relatives au bâtiment : superficie, mitoyenneté, nombre de niveaux
  • Les caractéristiques relatives à la parcelle sur laquelle le bâtiment est construit : dimensions et superficie
  • Les caractéristiques relatives au quartier dans lequel le bâtiment est implanté : type

Quatre types principaux de quartiers périurbains wallons ont été mis en évidence sur base de cette dernière information :

  • Le quartier de type « ruban » est composé de maisons unifamiliales de type « 4 façades » implantées sur de larges parcelles. Il se développe de façon linéaire entre deux noyaux existants. Ce type de quartier représente 21% du stock bâti périurbain wallon (figure 11a).
  • Le quartier de type « semi-mitoyen » est composé de logements mitoyens ou semi-mitoyens. Ce type englobe notamment les cités sociales et représente 8% du stock périurbain wallon (figure 11b).
  • Le quartier de type « nappe » est le « lotissement classique ». Il s’agit d’un développement uniquement résidentiel, souvent développé de façon parfaitement autonome autour notamment de voies en raquette. Ce type représente 20% des quartiers périurbains wallons (figure 11c).
  • Le quartier de type « mixte » présente une plus grande mixité que ce soit en termes de types de bâtiments ou de fonction. Il se développe souvent au départ d’un noyau ancien et représente 30% des quartiers périurbains wallons (figure 11d).


Figure 11 : Exemples de quartiers périurbains de type (a) ruban, (b) semi-mitoyen, (c) nappe et (d) mixte

Un type « composite » peut être identifié en marge de la classification principale. Il est composé des quartiers qui relèvent de deux types (par exemple semi-mitoyen – mixte). 9% de notre échantillon relève de ce type alors que 12% ne répond à aucun des types précédents. Nous considérons ces biais comme acceptables dans une étude visant du stock bâti à l’échelle d’une région.

Le croisement avec les caractéristiques des bâtiments

De nombreuses analyses ont été menées pour analyser les principales caractéristiques du bâti périurbain wallon. Les caractéristiques des quartiers ont été croisées avec les caractéristiques des parcelles (superficie) et des logements (superficie, année de construction principalement).

Les types suivants sont les plus couramment rencontrés :

  • La maison d’une superficie de 101 à 150m², construite avant 1930, dans un quartier de type « mixte » (11,9% du stock bâti périurbain)
  • La maison d’une superficie de 101 à 150m², construite entre 1961 et 1980, dans un quartier de type « ruban » (6,9%)
  • La maison d’une superficie de 50 à 100m², construite avant 1930, dans un quartier de type « mixte» (5,1%)
  • La maison d’une superficie de 101 à 150m², construite entre 1961 et 1980, dans un quartier de type « nappe » (5,0%)
  • La maison d’une superficie de 101 à 150m², construite entre 1981 et 1996, dans un quartier de type « nappe » (5,0%)

On remarquera que les périodes de construction « avant 1930 » et « entre 1961 et 1980 » sont particulièrement bien représentées. Cela illustre deux phénomènes : (1) le stock bâti périurbain wallon est ancien (et donc pas ou peu isolé) et (2) de nombreux lotissements périurbains ont été développés entre 1960 et 1980. Après cette époque, la périurbanisation a continué mais de façon moins importante.


Quelques applications

La confrontation avec les indices « transport »

Les trois indices (de localisation, de parts modales des modes de transport motorisés, des distances parcourues) définis et cartographiés dans les fiches SAFE.MOB01 et SAFE.MOB02 (voir aussi Marique and Reiter, 2012) ont été recalculés pour les secteurs statistiques compris dans les trois classes de densité utilisées dans notre définition du périurbain (sur base des données INS de 2001). Ce sont dans les zones les plus denses que les performances énergétiques des déplacements domicile-travail et la part modale des transports en commun sont les meilleures. Les valeurs moyennes des différents indices sont significativement différentes entre la classe « de 5 à 12 logements par hectare » et la classe « plus de 12 logements par hectare ».

Tableau 1 : Calcul des indices de localisation, de parts modales des distances parcourues et de distances parcourues moyens pour les secteurs statistiques par classe de densité, déplacements domicile-travail, données INS de 2001

Densité [log/ha] IPE [kWh/p.tr] Parts modales de la voiture [%] Parts modales du bus [%] Parts modales du train [%] Distance moyenne [km]
< 5 13,7 86,6% 1,5% 11,9% 26,4
[5 – 12[ 13,6 85,0% 1,6% 13,4% 26,5
> 12 10,7 79,2% 3,9% 16,9% 21,7

L’impact de stratégies de rénovation énergétique

Quatre types de quartiers et 72 types de bâtiments ont été identifiés dans notre approche typologique. Ces bâtiments et quartiers ont ensuite été soumis à des simulations thermiques dynamiques de façon à pouvoir extrapoler la consommation énergétique de l’ensemble du stock bâti périurbain wallon et à tester l’impact de différents scénarios de renouvellement énergétique (les hypothèses et détails sont présentés dans Marique et al., 2012). A titre d’exemple et pour illustrer l’applicabilité de notre approche, trois scénarios ont été investigués : (SC1) une rénovation légère (isolation du toit et remplacement des châssis) de tout le stock bâti antérieur à 1981, (SC2) une rénovation plus ambitieuse du stock bâti construit entre 1961 et 1980 (rénovation de l’ensemble de l’enveloppe) et (SC3) une rénovation poussée de l’ensemble du stock bâti périurbain existant pour satisfaire aux standards actuellement en vigueur pour les nouvelles constructions.


Figure 12 : Exemple d’application : gains énergétiques potentiels (en kWh/m².an) relatifs à trois stratégies de rénovation énergétique du stock bâti périurbain

Conclusion

En conclusion, sur base de données cadastrales et cartographiques, une définition du territoire périurbain wallon a été développée. Trois critères sont utilisés : la densité, la discontinuité spatiale et la monofonctionnalité. Une typologie des bâtiments et quartiers périurbains a ensuite été développée de façon à identifier les types les plus courants et leur représentativité. Ces développements ont été utilisés pour évaluer les consommations énergétiques (transport des personnes et chauffage des bâtiments) et l’impact de différentes stratégies de renouvellement à l’échelle de l’ensemble du stock bâti périurbain wallon.

Références

  • Brulard T., Van der Haegen H. (1972). La subdivision des communes belges en secteurs statistiques. Le point de vue des géographes. Acta Geograpohica Lovaniencia, 10, p. 21-36.
  • Marique, A.-F., M. Pétel, A. Hamdi & Reiter, S. (2012). Combining territorial data with thermal simulations to improve energy management of suburban areas. Proceedings of GEOProcessing 2012, Valence, Spain.
  • Marique, A.-F. & Reiter, S. (2012). A method for evaluating transport energy consumption in suburban areas. Environmental Impact Assessment Review 33, 1-6.
  • Van der Haegen H., Pattyn M. (1979). Les régions urbaines belges. Institut National de Statistiques, Bulletin de statistique, 5e année, n° 3.
  • Van der Haegen H., Van Hecke E., Juchtmans G. (1996). Les régions urbaines belges en 1991. Etudes statistiques de l’INS. 104, 42 p.

Pour aller plus loin

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  • SAFE.GEN02 : l’étalement urbain : qu’est-ce que c’est ?

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Références et publications scientifiques de l’équipe en lien avec cette fiche

        • Marique, A.-F. and S. Reiter. 2012b. A method to evaluate the energy consumption of suburban neighborhoods. HVAC&R Research Journal 18 (1-2): P.88-99.

 

      • Marique, A.-F., M. Pétel, A. Hamdi & Reiter, S. 2012. Combining territorial data with thermal simulations to improve energy management of suburban areas. Proceedings of GEOProcessing 2012, Valence, Spain.
      • Wallemacq, V, Marique, A.-F, & Reiter, S. 2011. Development of an urban typology to assess residential environmental performance at the city scale. In Bodard M., Evrard A. (Ed.), Proceedings of International Conference PLEA 2011 : Architecture & Sustainable Development (pp. 119-125). Presses Universitaires de Louvain, Louvain-La-Neuve, Belgium.

Auteurs de la fiche

LEMA

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A.F. Marique et Prof. S. Reiter
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