L'étalement urbain : quelques définitions

Depuis la fin du 19ème siècle, l’industrialisation a amené, en Région wallonne, le recul des terres agricoles, au profit des bois et de l’urbanisation. Si la progression de la forêt semble s’être arrêtée au début des années 80, l’urbanisation poursuit sa croissance : en moins de 20 ans, la superficie totale du bâti wallon a ainsi augmenté de 18%. Se limitant auparavant aux terrains proches des villes et villages existants, elle touche aujourd’hui l’ensemble du territoire, jusqu’aux zones rurales les plus reculées [Kints, 2008]. Cette déconcentration des fonctions urbaines, principalement du logement et des activités économiques, hors des villes est une réalité complexe et mal définie. Les espaces périurbains connaissent une multitude d’acceptions et de définitions puisqu’il est difficile de définir leurs contours. De nombreuses tentatives ont été formulées, en voici quelques unes :

  • La désurbanisation ou périurbanisation est définie par la CPDT [2002] comme le « phénomène de déconcentration des populations et des activités soit par desserrement ou mouvement du centre de l’agglomération vers la périphérie, soit par décentralisation ou mouvement d’une ville ou d’une région vers une autre » ;
  • L’étalement urbain peut être assimilé à une croissance contigüe à faible densité, en périphérie sans continuité dans l’expansion [Bochet, 2007]. Il intervient dans une zone donnée lorsque le taux d’occupation des terres et la consommation de celles-ci à des fins d’urbanisation sont plus rapides que la croissance de la population sur une période de temps déterminée [EEA, 2006]. Ce développement est inégal, clairsemé, perlé, avec une tendance à la discontinuité [Bouvier, 2009].

Parmi les nombreuses tentatives de définition présentées dans la littérature, nous relevons particulièrement trois traits commun : (1) une croissance diffuse, en général sans liaison avec les espaces urbanisés existants ; (2) la monofonctionnalité des développements périurbains qui touchent principalement le logement et (3) une faible densité bâtie, essentiellement due à la présence d’habitations « quatre façades » construites sur de larges parcelles individuelles.

Les grandes tendances en Région wallonne

L’étalement urbain en Région wallonne a fait l'objet d'études diverses depuis plus de 10 ans, ce qui a permis de mettre en évidence les grandes tendances suivantes :

  • Un phénomène de long terme toujours d’actualité : si elle a connu son paroxysme dans la seconde moitié du 20ème siècle, la périurbanisation est un phénomène de long terme. Van de Velde évoque déjà, au début du 20ème siècle l’exode urbain des populations aisées de Bruxelles vers la périphérie. Dès 1960, l’urbanisation diffuse touche l’ensemble du territoire : la ville décroît et la périphérie augmente.
  • Trois conditions nécessaires : le relâchement des contraintes de mobilité, les préférences des habitants mais aussi les réglementations qui rendent le phénomène possible
  • La dépréciation des espaces centraux traditionnels : la périurbanisation, en Région wallonne, est caractérisée par un double phénomène d'étalement urbain et de désurbanisation ou dépression des espaces centraux traditionnels en tissu ancien.
  • La dispersion spatiale : en Région wallonne, la périurbanisation concerne des espaces éloignés des espaces bâtis existants.
  • Une faible densité : la périurbanisation en Wallonie est caractérisée par une densité faible. Les parcelles présentent de grandes superficies, que ce soit en ce qui concerne l'habitat comme en ce qui concerne les zones d'activités économiques.
  • La monofonctionnalité : la périurbanisation wallonne est monofonctionnelle et touche principalement le logement mais concerne aussi les activités économiques, culturelles, universitaires, de loisirs, etc. par opposition aux tissus centraux anciens qui mêlaient intimement logement, industries et autres fonctions.
  • Une forte aspiration à la maison unifamiliale et une faible propension de régulation : la Région wallonne, et la Belgique de façon plus générale, se caractérisent par une forte aspiration à la maison individuelle et une prégnance du droit de propriété couplées à une faible propension de régulation en urbanisme.
  • Des développements sans planification, au gré des projets des développeurs privés : la périurbanisation en Région wallonne ne découle pas d’une politique d’aménagement foncier. Elle se fait au gré des développeurs privés, sans vision globale et à long terme.
  • Une forte tendance à l’autopromotion : la filière de l’autopromotion est largement prédominante pour la construction de nouveaux logements unifamiliaux.
  • Une spécialisation des territoires en fonction des cycles de vie.
  • Une source d’inégalités socio-spatiales : le choix d’une localisation périurbaine, au-delà des préférences individuelles, découle d’un arbitrage entre coût de transport, temps de déplacement et prix foncier. Si les ménages sont désireux de s’établir en périphérie verte, ils sont contraints, dans cette quête par l’aspect financier. Une partie du territoire devient ainsi inaccessible financièrement pour les accédants à la propriété.
  • Des territoires dépendants de l’automobile : les territoires périurbains, en particulier ceux les plus éloignés des centres urbains sont très dépendants de la voiture individuelle.
  • Une source de dépenses mais aussi de revenus pour les communes.

Les challenges de l’étalement urbain

L’étalement urbain monofonctionnel et peu dense, hors des limites de la ville traditionnelle, a de nombreuses conséquences non compatibles avec les principes du développement durable : consommation d’énergie accrue, à niveau d’isolation égal, pour les formes discontinues d’urbanisation, forte dépendance à la voiture et augmentation des distances à parcourir, imperméabilisation des sols, augmentation des coûts de la collectivité pour l’entretien et la gestion des réseaux et services, etc.

De plus, même si les quartiers périurbains restent récents puisqu’ils datent pour la plupart de la seconde moitié du 20ème siècle. La question du « vieillissement » et du recyclage de ces lotissements commence à se poser et devrait entraîner des coûts importants, notamment en termes de remplacement des réseaux, de régénération du bâti pour satisfaire à des standards énergétiques plus conformes ou à de nouvelles réalités sociales (ménages plus petits, population plus âgée), etc. Enfin, l’évolution de ces espaces et de leurs populations dans le cadre d’une crise énergétique majeure qui remette en cause la mobilité individuelle reste inquiétante. Ces questions, à l’échelle de la Région wallonne, sont cruciales et devraient également être étudiées dans un cadre plus large puisque la périurbanisation tend aujourd’hui à se généraliser à certains pays d'Europe de l'est (Pologne) et du sud (Espagne et Italie) voir aux pays émergents comme la Chine.

L’étude de l’étalement urbain et de ses conséquences sous l’angle énergétique et la question du recyclage des quartiers périurbains existants sont ainsi des sujets de recherches particulièrement pertinents pour favoriser un développement plus durable de nos territoires.

  • Bochet B. [2007]. Débat ville étalée – ville compacte : la réponse des projets lausannois ». Revue économique et sociale, n°4, décembre 2007.
  • Bouvier T. [2009] Construire des villes européennes durables. Asbl Pour la solidarité, Bruxelles, 490p.
  • CPDT [2002]. Les coûts de la désurbanisation. Conférence Permanente du Développement Territorial, Région wallonne. Etudes et documents, CPDT n°1, Namur, 135p.
  • EEA [2006]. Urban sprawl in Europe. The ignored challenge. European Environment Agency, Final report, Copenhague.
  • Kints C. [2008]. La rénovation énergétique et durable des logements wallons. Analyse du bâti existant et mise en évidence des typologies de logements prioritaires. Etude réalisée pour MRW-DGTRE dans le cadre de l’IEA-SHC-Task 37 et effectuée en collaboration avec le projet LEHR pour le compte de la politique scientifique fédérale.